Mardi, 23 Fevrier 2010

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Monsieur Le Président de la République,

Vous êtes père.
Nous avons adopté des enfants en Haïti avant le tremblement de terre. Nous les avons serrés dans nos bras. Nous vivons avec leur image, leur odeur, leurs rires et leurs pleurs. Petits et grands bobos, premiers pas ou premières lettres, au téléphone, seulement. Des mois, des années le ventre vide à attendre la fin des procédures. Attente, angoisse, douleur, finalement banal, nous attendions un enfant.
Aujourd’hui, l’indicible. La colère envers nous-mêmes de ne pouvoir agir, la rage de voir les contorsions stériles du Quai d’Orsay, l’impuissance.
Le bonheur quand certains reviennent, bien sûr mais pourquoi pas tous ? C’est la loi. La France exige un jugement homologué en bonne et due forme.

Vous êtes homme de loi. Nos enfants risquent de mourir injustement en son nom. Nous avons tous pourtant l’agrément de l’Etat français et nos enfants nous étaient tous apparentés avant le séisme. Nos procédures d’adoption sont à différents stades de validation administrative, cela peut-il justifier une discrimination qui peut s’avérer criminelle ? Nos enfants sont tous orphelins ou abandonnés, sinon pourquoi auraient-ils été confiés à des crèches agréées par l’Etat haïtien ? Que deviendrait l’intérêt supérieur de l’enfant, si on laissait les nôtres sous le joug des épidémies, des pluies et des ouragans, en un Haïti plus fragilisé que jamais ?
Il n’y a aucun risque quant à l’identité de nos enfants pour peu que des moyens humains adaptés soient dédiés à l’examen de nos dossiers et aux preuves qu’ils contiennent. Nous demandons tout simplement que soient retenus des critères sensés Monsieur le Président.

Vous êtes l’action au service du pouvoir. Aujourd’hui, c’est vous ou l’inertie. Le Ministère des Affaires Etrangères a adopté depuis le début une position inadaptée, mène une politique indigente et campe sur une posture pour le moins arrogante, s’arrogeant la raison, le droit, nous cantonnant à la passion et aux risques de dérives.
Nous sommes pour une action légale et transparente et nous déplorons et dénonçons, preuves à l’appui : les communiqués rassurants mais faux sur les secours apportés aux crèches, la confusion et les erreurs dans les chiffres, les hypothétiques commissions mixtes, l’absence de vision et d’échéance et le comportement inadapté des services de l’Etat, quelle que soit leur bienveillance profonde, face au traumatisme des familles.

Vous êtes le 1er des Français et un des grands de ce monde.
Nous vous demandons à vous, au nom des 900 familles françaises, de leurs soutiens et de la cinquantaine de parlementaires qui ont épousé notre cause d’intervenir pour qu’enfin, un mois après :
-       Secours et ravitaillement soient réellement apportés à nos enfants,
-       Des moyens soient dévolus à l’examen de nos preuves d’apparentement
-       Un accord pour le rapatriement de tous les enfants qui étaient en cours d’adoption avant le séisme soit établi avec l’Etat haïtien.

Vous êtes Nicolas Sarkozy, il en est ainsi.

Paris, le12 février 2010

Emmanuelle GUERRY
SOS Haïti Enfants Adoptés